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  • La Bièvre

    Patiemment j’exhume 
    Ces fragrances ensevelies
    J’explore ces bitumes 
    De la poterne des peupliers
    Où se dissimule cette rivière
    Qui coule au fond de la terre

    J’enjambe sous un viaduc
    Ces conduites anonymes
    Qui éclipsent ton cours
    Aux pas indifférents de la foule

    Je découvre une à une les eaux 
    Ruisselantes d’un émissaire caché
    Au boulevard Arago
    Le bras vif et le bras mort 
    Des affluents oubliés 
    M’enlacent en secret

  • La Poutinette

    Vous n’aimez pas que votre pays soit une terre d’accueil.
    Vous n’aimez pas que les femmes disposent du droit d’avorter.
    Vous n’aimez pas la redistribution des richesses.
    Vous n’aimez pas la laïcité, ou à la rigueur si elle cible les musulmans
    Vous n’aimez pas le multiculturalisme, le multilatéralisme, ce ne sont rien que des mots de … oups, attention la bien pensance vous surveille.
    Vous n’aimez pas les journalopes, ils disent rien que des menteries. C’était quand-même mieux-avant. Et sur les minorités sexuelles, de toute façon, on ne peut plus rien dire …
    Vous n’aimez pas la justice quand elle est indépendante du pouvoir

    Alors nous avons en stock, disponible immédiatement, quelques modèles d’hommes et de femmes providentiels
    – Le Moscovite : peut te choper un ours avec les dents, le tchétchène en a goûté, le syrien aussi. C’est un peu la rolls du sévèrement burné. Seul problème, grosses taxes douanières à l’import, évidemment à cause de l’Europe, pffff.
    – Le Budapestois : maîtrise à merveille l’art de l’esquive illibérale. Il pourrait rivaliser avec le modèle moscovite. Un peu plus cheap, mais un bon rapport qualité prix, pas de soucis d’import.
    – La Poutinette, de fabrication nationale, héritée d’une longue tradition familiale, a bien résisté face à son rival Z. Elle profite d’une financement avantageux grâce à la réussite du Moscovite, elle adoptera le multiculturalisme de son modèle.

    On avait bien un modèle américain, mais il a des soucis au bout de 4 ans, si on opte pour lui, il faut être prêt au coup d’État foireux. Le modèle n’est pas garanti pièce et main d’oeuvre, on ne l’a plus en stock. Dommage, il semblait très prometteur, grande gueule, très offensif sur les minorités sexuelles et ethniques, climato-sceptique, farouche adversaire du multilatéralisme et de la fiscalité redistributive. Le toutes options, quasiment.

  • De l’amour du siècle antique

    Ce poème de Clément Marot écrit au XVIème siècle déjà fustigeait ses contemporains, et combien c’était mieux avant.
    Que les nouveaux codes dénaturent l’amour, et qu’il faudrait revenir à cette authentique façon d’aimer, le seul véritable amour auquel nous devrions revenir. Etrangement ça retentit aux travers les siècles, cette condamnation des mœurs supposées modernes, cette nostalgie des temps anciens, ces serments de s’aimer toujours
    Les nouveaux vieux recyclent de vieilles recettes

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    De l’amour du siècle antique

    Au bon vieux temps un train d’amour régnait
    Qui sans grand art et dons se démenait.
    Si qu’un bouquet donné d’amour profonde
    C’était donner toute la terre ronde ;
    Car seulement au cœur on se prenait.

    Et si, par cas, à jouir on venait
    Savez-vous bien comme on s’entretenait ?
    Vingt ans, trente ans, cela durait un monde
    Au bon vieux temps.

    Or est perdu ce qu’amour ordonnait.
    Rien que pleurs feints, rien que changes on oit.
    Qui voudra donc qu’à aimer je me fonde,
    Il faut premier que l’amour on refonde
    Et qu’on le mène ainsi qu’on le menait
    Au bon vieux temps.

    Clément MAROT

  • Ma loge

    Dans ma loge intérieure
    Ce cabinet de curiosités
    Tu mets en scène
    Tes points de sutures
    Dans mon point de chute
    Nos souvenirs du présent

    J’y expérimente la tension, ta joie de la découverte de l’immédiat
    La peur mêlée de joie, l’affolement joyeux face
    A la contradiction entre mon intuition et ta réflexion

    Toi, ma prévision imaginaire
    J’exulte devant ton inattendu
    Ma cécité attentionnelle,
    Mon exaltation

    Quelques calculs jetés dans le tumulte
    De l’anti chambre de ma conscience
    Canalisent tes proximales images,
    Une broderie de points aveugles

    Le message brouille,
    Les souvenirs d’un présent déjà vu
    Cette inconnue familière
    Mon oxymore,
    De longues heures exsangues
    Ces langueurs exquises
    Et des torpeurs ardentes
    Lardent nos cœurs

    Je ne connais plus du monde que ce que la courbe tes lèvres et ce que la coupe de ton âme m’en ont révélé

  • Asiatiques parallèles

    De curieux parallèles émergent à l’issue de mon rectiligne trajet ferroviaire. Mes égarements pédestres me mènent dans le sud de la capitale. Dans le 13eme, à l’heure des migrations pendulaires où les cols blancs se pressent dans des open-space de verre et de métal, je déambule entre Asie parisienne et Val de Marne 

    Au KB, de beaux cimetières aux allées perpendiculaires, bruissent de cris de perruches acclimatées aux sépultures ordonnées. L’ordre règne dans ces alignements mortuaires, les carrés militaires sont à peine plus géométriques. Seuls, les vols acrobatiques rompent cette régularité.

    J’arpente l’histoire croisée des cimetières parisiens et des accidents de conteneurs à l’aéroport d’Orly.

  • Relation organique

    Ton organique langue
    Me susurre ton émoi
    Mes doigts élisent ta voix
    Sous mes vibrantes harangues,
    Coule ton organique loi,
    Édile alanguie, tu tangues
    Au gré de mes alinéas

  • Notre espace est frangé

    À notre espace amenuisé,
    Mon horizon s’ajuste
    À ses dimensions plissées,
    Convergent nos perceptions
    Et les fragments de tes murmures

    Au jardin de tes saveurs
    Je me délecte de tes senteurs
    J’admire de mes doigts
    Des infinités de sens
    Ponctuées de silences

    Tes soupirs spiralés,
    Ces abandons, dilatent l’espace.
    J’épouse ces contours unifiés
    Avec toute la conscience
    De l’intimité augmentée

  • Notre nuit aquatique

    La risée coule sur ta plage,
    Mon rivage
    Submergée jusqu’aux dunes,
    Ta marée haute hante mes nuits

    Cette vague qui roule, enfle
    Irrigue nos fluides ébauches
    Le beaupré subversif, je désamarre mes songes

    Ton eau m’enveloppe, ton doux ressac insistant sur la coque
    Sur mon mât de misaine sonnent tes drisses
    Au rythme de nos flots
    Mon étrave s’échoue
    Dans ton écume

  • Debussy

    Deux mélodies de Debussy

    Les chansons de Bilitis par Axelle Fanyo

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