Blog

  • Le puits des brumes

    Affleurant à peine du puits des brumes
    Encore froissé par les plissements du temps,
    La lèvre rosie des nuages,
    Tu ressasses mes songes,
    Elle enflamme chaque seconde du soleil levant

    La margelle s’estompe doucement sous ta bouche d’incendie

  • Chuintement

    Je veux être le mot
    Que tu diras
    Quand le tissu
    Glissera de tes épaules
    Et de tes reins
    Je veux être le chuintement
    Qu’il produira
    En tombant à tes pieds

    Je veux être le jeux
    Auquel tu te prêteras
    Quand te fuira
    La raison

    Je veux être la cordelette
    Qui ligature tes poignets
    Indiscrète
    Contre le plus doux
    De ta peau

    Je veux être le souffle
    Saccadé
    Qui accompagne ta plainte

    Et que farouchement
    Tu le veuilles

  • Work in progress

    Je pénètre dans ton atelier et ce faisant
    Tu me prends
    D’ébauches en esquisses

    Tu me prêtes des expressions
    Façonnant ton modèle
    De touches chromatiques

    Tu me sculptes
    Sous un jour ostensible,
    Tu joins un geste flatteur
    À mon verbe dressé

    Sous la lumière crue
    De ton regard acéré
    Tu captes et tu figes
    De ton pinceau,
    Une infinité de postures

    Work in progress

    Ton modèle dévêtu
    Inspire ta main
    De couleurs revêtue
    Ton cheveu s’égare
    Entre mon torse et ton chevalet

    Le fard à lèvre débauche
    Mon aine que tu veux pictural
    Et ton tablier de peintre se fait indécence

    Tu scandes de ton sein
    Un trait bariolé
    Tu presses ma terre sous
    Le drapé de mon ventre
    Ta touffe forme matière
    Dans un suintement ciselé

    Ma statue entre tes cuisses
    Mêle des tons indistincts
    Mon sexe est toile
    Quand on s’exPrime

  • Conscience ubiquitaire

    Je reste subjugué par l’abîme qui sépare la pensée, la conscience réflexive, ma capacité à me rendre compte que je peux m’épier moi-même dans une forme de détachement, bref cet étonnant mécanisme d’ubiquité qui semble si désincarné et le trouble du désir ou de la joie, ou de la tristesse.
    Une milliseconde suffit à opèrer ce basculement vers l’affolement des sens, elle relègue la réflexivité à l’état de concept. L’étincelle peut être une lueur dans l’œil, un sourire suggestif, un mot jeté à la hâte dans une messagerie, qu’importe le support, le tsunami de l’émotion submerge.
    Mais aussi, avec la même force inattendue, au cœur d’un élan fougueux soudain peut revenir ce détachement tel 2 miroirs qui se renvoient une infinité de réflexions, le « je suis celui qui est celui-qui ».
    Et le plus troublant est quand se conjuguent ces 2 états qui semblent opposés, que la conscience épie l’être plongé dans les affres et accompagne ce mouvement, se laissant pénétrer par le déluge physico-chimique, le celui-qui s’emplit est à la fois acteur et spectateur.

  • Métamorphose

    Ta loquacité tisse
    Mon désir relicte
    Quand ton chant lexical
    Fait émerger ma mue imaginale

    Ta voix scelle en moi
    Un sens que je te renvoie
    Je deviens ta métaphore

    Au rythme de tes inflexions
    Tu me dévolues ces volutes verbales
    Elles s’incarnent en volubiles périphrases

    Tu me dis métamorphe
    Que je récite en prose
    Et le mot devient la chose

    Ta métaphore me métamorphose

  • Extrait de « Le con d’Irène »

    de Louis Aragon

    Poissons poissons c’est moi, je vous appelle : jolies mains agiles dans l’eau. Poissons vous ressemblez à la mythologie. Vos amours sont parfaites et vos ardeurs inexplicables. Vous ne vous approchez pas de vos femelles et vous voici l’enthousiasme à l’idée seule de la semence qui vous suit comme un fil, à l’idée du dépôt mystérieux que fit dans l’ombre des eaux luisantes une sourde exaltation muette, anonyme. Poissons vous n’échangez pas de lettres d’amour, vous trouvez vos désirs dans votre propre élégance. Souples masturbateur des deux sexes, poissons, je m’incline devant le vertige de vos sens. Plût au ciel, plût à la terre que j’eusse le pouvoir de sortir ainsi de moi-même. Que de crimes évités, que de drames repliés dans le trou du souffleur. Vos transports transparents, mort du Christ ah que je les envie. Chères divinités des profondeurs, je m’étire et je me démène si je pense un instant à l’instant de votre esprit où se forme la belle plante marine de la volupté don les branches se ramifient dans vos êtres subtils, tandis que l’eau vibre autour de vos solitudes et fait entendre un chant de rides vers les rives. Poissons poissons, promptes images du plaisir, purs symboles des pollutions involontaires, je vous aime et je vous invoque, poissons pareils aux montgolfières. Jetez au creux de vos sillages un lest passionnel, signe de votre grandeur intellectuelle.

    Poissons poissons poissons poissons.

    Mais l’homme aussi fait parfois l’amour

  • Tu écris sur moi

    Jaillissant à ma source
    Tes doigts irriguent
    De tes lettres liquides.
    Sur mes vélins vergés
    Tes mots s’écoulent,
    En larges biefs.

    Je suis ton manuscrit curviligne,
    Ta main à l’écriture fluide esquisse
    Sur ma peau devenue véline,
    Ces torrents de cursives
    Qui creusent de profondes ravines.

    Tes enluminures sont
    Des sillages d’esquif
    Qui m’encrent jusqu’à l’aber.

  • Au devant de mes arrières pensées

    Drapés derrière ton avant-scène
    Rayonnants de contres jours 
    Les feux de ta rampe
    Te couvent derrière la tête

    Au devant de mes arrières pensées
    Les mots de jeux d’ombres et
    Les rideaux s’effacent
    Sur ton décor
    De rêves enfin dévoilé

  • En avril

    Approvisionne moi
    De ton huile fertile,
    Mes chaînes sessiles
    Pressées contre tes cernes

    Je puise aveuglément
    Mes suppliques racinaires
    Au cœur de ta ramure
    Et de ta douceur profuse 

    Abonde mon sol
    D’un couvert prolixe
    Que d’un seul point 
    Jaillisse l’univers

Concevoir un site comme celui-ci avec WordPress.com
Commencer