Affleurant à peine du puits des brumes
Encore froissé par les plissements du temps,
La lèvre rosie des nuages,
Tu ressasses mes songes,
Elle enflamme chaque seconde du soleil levant
La margelle s’estompe doucement sous ta bouche d’incendie
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Le puits des brumes
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Chuintement
Je veux être le mot
Que tu diras
Quand le tissu
Glissera de tes épaules
Et de tes reins
Je veux être le chuintement
Qu’il produira
En tombant à tes piedsJe veux être le jeux
Auquel tu te prêteras
Quand te fuira
La raisonJe veux être la cordelette
Qui ligature tes poignets
Indiscrète
Contre le plus doux
De ta peauJe veux être le souffle
Saccadé
Qui accompagne ta plainteEt que farouchement
Tu le veuilles -
Work in progress
Je pénètre dans ton atelier et ce faisant
Tu me prends
D’ébauches en esquissesTu me prêtes des expressions
Façonnant ton modèle
De touches chromatiquesTu me sculptes
Sous un jour ostensible,
Tu joins un geste flatteur
À mon verbe dresséSous la lumière crue
De ton regard acéré
Tu captes et tu figes
De ton pinceau,
Une infinité de posturesWork in progress
Ton modèle dévêtu
Inspire ta main
De couleurs revêtue
Ton cheveu s’égare
Entre mon torse et ton chevaletLe fard à lèvre débauche
Mon aine que tu veux pictural
Et ton tablier de peintre se fait indécenceTu scandes de ton sein
Un trait bariolé
Tu presses ma terre sous
Le drapé de mon ventre
Ta touffe forme matière
Dans un suintement ciseléMa statue entre tes cuisses
Mêle des tons indistincts
Mon sexe est toile
Quand on s’exPrime -
Conscience ubiquitaire
Je reste subjugué par l’abîme qui sépare la pensée, la conscience réflexive, ma capacité à me rendre compte que je peux m’épier moi-même dans une forme de détachement, bref cet étonnant mécanisme d’ubiquité qui semble si désincarné et le trouble du désir ou de la joie, ou de la tristesse.
Une milliseconde suffit à opèrer ce basculement vers l’affolement des sens, elle relègue la réflexivité à l’état de concept. L’étincelle peut être une lueur dans l’œil, un sourire suggestif, un mot jeté à la hâte dans une messagerie, qu’importe le support, le tsunami de l’émotion submerge.
Mais aussi, avec la même force inattendue, au cœur d’un élan fougueux soudain peut revenir ce détachement tel 2 miroirs qui se renvoient une infinité de réflexions, le « je suis celui qui est celui-qui ».
Et le plus troublant est quand se conjuguent ces 2 états qui semblent opposés, que la conscience épie l’être plongé dans les affres et accompagne ce mouvement, se laissant pénétrer par le déluge physico-chimique, le celui-qui s’emplit est à la fois acteur et spectateur. -
Extrait de « Le con d’Irène »
de Louis Aragon
Poissons poissons c’est moi, je vous appelle : jolies mains agiles dans l’eau. Poissons vous ressemblez à la mythologie. Vos amours sont parfaites et vos ardeurs inexplicables. Vous ne vous approchez pas de vos femelles et vous voici l’enthousiasme à l’idée seule de la semence qui vous suit comme un fil, à l’idée du dépôt mystérieux que fit dans l’ombre des eaux luisantes une sourde exaltation muette, anonyme. Poissons vous n’échangez pas de lettres d’amour, vous trouvez vos désirs dans votre propre élégance. Souples masturbateur des deux sexes, poissons, je m’incline devant le vertige de vos sens. Plût au ciel, plût à la terre que j’eusse le pouvoir de sortir ainsi de moi-même. Que de crimes évités, que de drames repliés dans le trou du souffleur. Vos transports transparents, mort du Christ ah que je les envie. Chères divinités des profondeurs, je m’étire et je me démène si je pense un instant à l’instant de votre esprit où se forme la belle plante marine de la volupté don les branches se ramifient dans vos êtres subtils, tandis que l’eau vibre autour de vos solitudes et fait entendre un chant de rides vers les rives. Poissons poissons, promptes images du plaisir, purs symboles des pollutions involontaires, je vous aime et je vous invoque, poissons pareils aux montgolfières. Jetez au creux de vos sillages un lest passionnel, signe de votre grandeur intellectuelle.
Poissons poissons poissons poissons.
Mais l’homme aussi fait parfois l’amour
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Tu écris sur moi
Jaillissant à ma source
Tes doigts irriguent
De tes lettres liquides.
Sur mes vélins vergés
Tes mots s’écoulent,
En larges biefs.Je suis ton manuscrit curviligne,
Ta main à l’écriture fluide esquisse
Sur ma peau devenue véline,
Ces torrents de cursives
Qui creusent de profondes ravines.Tes enluminures sont
Des sillages d’esquif
Qui m’encrent jusqu’à l’aber. -
Au devant de mes arrières pensées
Drapés derrière ton avant-scène
Rayonnants de contres jours
Les feux de ta rampe
Te couvent derrière la têteAu devant de mes arrières pensées
Les mots de jeux d’ombres et
Les rideaux s’effacent
Sur ton décor
De rêves enfin dévoilé -
En avril
Approvisionne moi
De ton huile fertile,
Mes chaînes sessiles
Pressées contre tes cernesJe puise aveuglément
Mes suppliques racinaires
Au cœur de ta ramure
Et de ta douceur profuseAbonde mon sol
D’un couvert prolixe
Que d’un seul point
Jaillisse l’univers