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  • Et puis c’est avril

    Et puis, c’est avril
    Combien j’aime
    L’histoire de ces fils
    Dont tu te découvres
    Du vert qui défile
    Les primevères
    Cèdent la place
    À la belle jacinthe
    Son bleu entêtant
    La promesse d’un mai
    Où je ferai tout
    Ce qu’il te plaît

  • Que le lien qui coule

    Jamais ne se tarisse

    Quand couve
    Cette terreur qui efface
    Notre étreinte qui se fige et
    Que se distend l’espace
    Ces reculs mêlés d’effrois distants,
    Nos sens interdits,
    Roidissent nos muscles éteints
    Le courant s’enfuit
    De nos bras morts flaccides.
    Les fleuves exsangues
    D’un interminable après

    Alors que
    La revanche d’une rivière
    Qui s’épanche à la lèvre de ton volcan,
    Nous relie

    La chaleur de ton geste
    Esquisse un temps confondu de grâce
    Et de frissons souterrains
    Dans tes bras vifs

  • L’espace océan

    Plongé dans cette page océanique
    Aux saveurs anthracites,
    Murmure le son de l’horizon,
    J’apprends un sentiment,
    Dans des accords d’encres dérivant

    Tu es une profondeur avide
    Aux béances constellées
    La volonté diluée en filigrane
    De ton reflet figé en fusion

    Dans un bain de chrome
    S’épanche ton geste sûr
    Mon miroir sans tain

    Je m’y confonds
    L’espace et le son

    Et l’océan

  • Les Forces éternelles/La jeunesse des morts

    Anna de Noailles

    LA JEUNESSE DES MORTS

    Le Printemps appartient à ceux qui lui ressemblent,
    Aux corps adolescents animés par l’orgueil,
    À ceux dont le plaisir, le rire, le bel œil
    Ignorent qu’on vieillit, qu’on regrette et qu’on tremble.
    — Ô guerrière Nature, où sont ces jeunes gens ?
    Quel est ton désespoir lorsque saigne et chancelle
    La jeunesse, qui seule est fière et naturelle
    Et brille dans l’azur comme un lingot d’argent ?
    Ces enfants, bondissant, partaient, contents de plaire
    Au devoir, à l’honneur, à l’immense atmosphère,
    Aux grands signaux humains brûlant sur les sommets.
    Ils dorment, à présent, saccagés dans la terre
    Qui fera jaillir d’eux ses rêveurs mois de mai…
    — Songeons, le front baissé, au glacial mystère
    Que la Patrie en pleurs, mais stoïque, permet.

    Ils avaient vingt ans, l’âge où l’on ne meurt jamais…

    https://fr.m.wikisource.org/wiki/Les_Forces_%C3%A9ternelles/La_jeunesse_des_morts

  • Les Maux du Moi

    Les mots se jouent de moi
    Ils griment le sens.
    Composant des régularités,
    Ils piègent le réel.
    Accouchant de la réalité
    Ils tissent le voile du Monde

    Quand sa trame se délite
    Se fragmentent les mots du moi
    En maux narquois
    Le Monde meurt quand meurt l’émoi des mots

  • Règle de déambulation

    Le monde urbain est fait de lignes tracées sur son sol artificiel. Dans cet environnement, une règle gouverne ma sentience qui relève de la nécessité. Je dois effectuer des enjambées régulières, sachant que poser le pied au travers d’une ligne provoque le courroux des Dieux. J’entends par ligne, un tracé rectiligne signifiant bordure, limite, qu’il soit le fait d’un dallage, d’un bord de trottoir, d’un passage piéton, peu importe. Si l’égale foulée me conduit au faux pas, c’en est fini de moi.
    De cela découle qu’il me faut anticiper ma trajectoire et que je peux avoir à faire de grands détours pour éviter le fatidique faux pas.
    La plupart des gens semble ignorer cet impératif catégorique. Leurs pas s’appesantissent au travers des méridiens et des parallèles au gré de leurs foulées indifférentes à la vitupération divine.

  • En corps heureux

    A la tombée des heures creuses
    Sur ta joue coulent mes armes
    Rendues, encore heureux
    Je prête le flanc à ta critique
    Sans droit d’usure
    Je croise le fer de ton regard d’acier
    Mon alliage forgé, en corps éperdus

  • Qui ?

    Tu condenseras nue
    Au futur à ta mesure … tu
    Napperas d’envies mes yeux
    Irradiés par tes parures
    Aveuglés de sueur,

    Tu danseras dévêtue
    Au fur de ta fourrure … tu
    Narreras d’un arc fiévreux
    Irisée de ta fureur
    Achevée de luxure,

    Toute la vapeur
    Ânonnée en cœur

    Coulera entre nos corps
    Happée par la splendeur
    Altière de tes ors
    Ton intime césure
    Toute ornée de mes faveurs
    Enfouie sous nos senteurs

    Nous condanserons nos meurtrissures
    Ultimes vertiges exhausteurs
    De l’estocade avant la flétrissure

  • Sonnet de Möbius

    Puissions nous étreindre
    Nos lignes parallèles
    Pour combler sans feindre
    Nos vides pulsionnels

    Cousons nos cœurs errants
    Ensemble déraisons
    De Möbius, le ruban
    Métrique dérision

    D’appositions cambrées
    En géométries non
    Euclidiennes, sonnons

    Alunissons, ambrés
    Des couleurs vertueuses
    D’amours sinueuses

  • Le dessous des cartes

    Mon souffle au corps
    Cingle ton coeur
    Il attise tes coupes
    Hérissées de trèfles
    À 4 mains
    Au-dessous des cartes
    Frémit mon singleton pique
    Tu m’as mis capot
    À carreau

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